Et si vieillir devenait désirable ? Une révolution culturelle
Rendre le vieillissement plus désirable suppose de changer les représentations autant que les conditions de vie. Cet article explore l’âgisme, la place des personnes âgées et les choix collectifs qui peuvent préserver leur dignité et leur liberté, y compris lorsqu’une fragilité apparaît.
Que signifie rendre le vieillissement désirable ?
Le mot « désirable » peut surprendre lorsqu’il est associé à la vieillesse. Il ne signifie pas que chaque personne devrait attendre avec impatience les douleurs, les deuils ou les limitations physiques.
Il signifie que l’avenir ne devrait pas être présenté uniquement comme une dégradation.
Un vieillissement désirable est un vieillissement dans lequel une personne peut continuer à :
- être considérée comme un adulte à part entière ;
- prendre des décisions ;
- avoir des projets ;
- entretenir des relations ;
- apprendre ;
- travailler si elle le souhaite ;
- participer à la vie locale ;
- vivre dans un logement adapté ;
- demander de l’aide sans perdre sa dignité ;
- être représentée avec réalisme et respect.
Le vieillissement devient désirable lorsque les années supplémentaires ne sont pas seulement ajoutées à la vie, mais accompagnées de conditions permettant de continuer à vivre ce qui compte.
Pourquoi la vieillesse est-elle encore autant associée au déclin ?
Plusieurs représentations se sont installées durablement dans la société.
La personne âgée est souvent décrite à travers ce qu’elle ne peut plus faire :
- elle marche moins vite ;
- elle entend moins bien ;
- elle ne travaille plus ;
- elle aurait des difficultés avec le numérique ;
- elle coûterait davantage au système de santé ;
- elle dépendrait de sa famille.
Ces difficultés peuvent exister, mais elles ne résument pas une personne.
Un senior peut rencontrer une baisse de l’audition tout en disposant d’une grande expertise professionnelle. Une personne utilisant un déambulateur peut conserver un rôle essentiel dans une association. Un parent ayant besoin d’aide pour ses courses peut continuer à transmettre des conseils, une histoire familiale et un soutien affectif.
Le problème ne vient donc pas de la reconnaissance des fragilités. Il apparaît lorsque la fragilité devient la seule caractéristique visible.
Qu’est-ce que l’âgisme ?
L’âgisme désigne les stéréotypes, les préjugés et les discriminations fondés sur l’âge.
Il peut toucher les personnes jeunes comme les personnes âgées, mais il prend une forme particulièrement forte lorsque l’avancée en âge est systématiquement associée à l’incompétence, à la dépendance ou à l’inutilité.
L’âgisme peut être explicite :
- refuser un candidat uniquement à cause de son âge ;
- écarter une personne d’une décision ;
- supposer qu’elle ne pourra pas apprendre ;
- lui refuser un service adapté ;
- se moquer de son apparence ou de sa lenteur.
Il peut également être plus discret :
- parler à son enfant plutôt qu’à elle ;
- utiliser un ton infantilisant ;
- ne montrer des seniors que dans des publicités médicales ;
- considérer qu’un projet est inutile « à cet âge » ;
- imposer une décision au nom de sa sécurité ;
- supposer qu’elle ne maîtrise pas Internet.
Ces attitudes peuvent paraître protectrices ou anodines. Elles réduisent pourtant la confiance, la participation sociale et le pouvoir d’agir.
Pourquoi l’âgisme concerne-t-il toutes les générations ?
L’âgisme ne touche pas seulement les personnes déjà âgées. Il influence la manière dont chacun imagine son propre avenir.
Lorsque la vieillesse est présentée comme une période uniquement faite de solitude, de maladie et de dépendance, les plus jeunes peuvent développer une peur durable de vieillir.
Cette peur peut conduire à :
- rejeter les signes naturels de l’âge ;
- se sentir dévalorisé dès la cinquantaine ;
- penser que les meilleures années sont nécessairement derrière soi ;
- éviter les personnes âgées ;
- considérer l’aide comme une humiliation ;
- dépenser beaucoup pour tenter de paraître constamment plus jeune.
Changer le regard sur la vieillesse permet donc aussi de rendre l’avenir plus rassurant pour les personnes actuellement jeunes ou d’âge moyen.
Vieillir n’est pas une expérience unique
Il n’existe pas une seule manière de vieillir.
L’expérience dépend notamment :
- de la santé ;
- du niveau de revenus ;
- du logement ;
- du territoire ;
- des relations sociales ;
- du parcours professionnel ;
- de l’histoire familiale ;
- de l’accès aux soins ;
- des événements de la vie ;
- des préférences personnelles.
Deux personnes du même âge peuvent avoir des niveaux d’autonomie et des projets totalement différents.
L’une peut souhaiter poursuivre une activité professionnelle. L’autre peut privilégier le repos, les voyages ou ses petits-enfants. Une troisième peut devoir adapter son quotidien après une maladie tout en conservant une vie sociale riche.
La révolution culturelle commence donc par l’abandon d’une catégorie uniforme appelée « les seniors ».
Faut-il remplacer le mot vieillesse ?
Les mots « senior », « aîné », « troisième âge » ou « vieillissement actif » sont souvent utilisés pour éviter le terme « vieux ».
Changer le vocabulaire peut améliorer certaines communications, mais cela ne suffit pas si le regard reste négatif.
Une société peut employer un terme plus élégant tout en continuant à :
- écarter les travailleurs expérimentés ;
- rendre les services numériques inaccessibles ;
- isoler les établissements pour personnes âgées ;
- négliger la parole des résidents ;
- présenter le vieillissement comme une maladie.
L’enjeu n’est donc pas uniquement de trouver le mot parfait. Il consiste à modifier ce que nous associons à l’avancée en âge.
Une culture obsédée par la jeunesse
La jeunesse est souvent associée à la beauté, à l’innovation, à la vitesse et au désir.
Cette valorisation devient problématique lorsqu’elle implique que les qualités opposées disparaissent avec l’âge.
Une personne plus âgée peut être :
- créative ;
- séduisante ;
- curieuse ;
- entreprenante ;
- sportive ;
- engagée ;
- amoureuse ;
- capable d’apprendre ;
- ouverte à l’innovation.
Le désir, l’ambition et le plaisir ne possèdent pas de date d’expiration.
Une société réellement inclusive ne demande pas aux seniors d’imiter les jeunes pour rester visibles. Elle reconnaît différentes manières d’être actif, beau, compétent ou intéressant à chaque âge.
Sortir de la guerre contre le vieillissement
Les expressions « anti-âge », « lutter contre le vieillissement » ou « rester jeune à tout prix » présentent l’âge comme un ennemi.
Prendre soin de sa santé, de sa peau ou de sa forme physique est parfaitement légitime. Le problème apparaît lorsque le soin devient une obligation de dissimuler toute trace du temps.
Une approche plus équilibrée consiste à rechercher :
- une bonne santé plutôt qu’une jeunesse éternelle ;
- une mobilité adaptée plutôt qu’une performance constante ;
- un visage vivant plutôt qu’une absence totale de rides ;
- une vie riche plutôt qu’une apparence figée ;
- une autonomie soutenue plutôt qu’une indépendance absolue.
Vieillir ne doit pas devenir un échec esthétique ou moral.
Reconnaître les fragilités sans réduire la personne à celles-ci
Une vision positive de l’âge ne doit pas produire une nouvelle injonction.
Tout le monde ne peut pas devenir un marathonien à 80 ans, créer une entreprise à 70 ans ou voyager autour du monde après la retraite.
Certaines personnes vivent avec :
- des douleurs chroniques ;
- une maladie neuro-évolutive ;
- une perte de mobilité ;
- un handicap ;
- des ressources limitées ;
- un isolement ;
- un deuil ;
- une perte d’autonomie.
Les présenter uniquement comme des exemples de réussite serait une autre manière de les invisibiliser.
Une culture du vieillissement désirable doit reconnaître que la valeur d’une personne ne dépend pas de sa performance, de sa productivité ni de sa capacité à rester totalement autonome.
Bien vieillir ne signifie pas réussir son vieillissement
L’expression « bien vieillir » peut parfois laisser penser qu’une personne malade ou dépendante aurait échoué.
Or, personne ne contrôle entièrement sa santé, son patrimoine, son environnement ou les événements qui surviennent.
Bien vieillir devrait plutôt signifier disposer des meilleures conditions possibles pour :
- être soigné ;
- être écouté ;
- rester acteur des décisions ;
- conserver des liens ;
- vivre dans un environnement adapté ;
- recevoir de l’aide sans être humilié ;
- préserver ce qui procure du plaisir et du sens.
Cette vision retire au senior la responsabilité individuelle de tout ce qui lui arrive et replace la société face à ses propres obligations.
La représentation des seniors dans les médias
Les films, séries, journaux et publicités influencent profondément notre vision de l’âge.
Les personnes âgées apparaissent encore souvent sous quelques formes répétitives :
- le grand-parent attendrissant ;
- la personne fragile à protéger ;
- le senior maladroit avec la technologie ;
- le personnage malade ;
- la personne grincheuse ;
- l’exception extraordinaire qui « ne fait pas son âge ».
Cette dernière représentation paraît positive, mais elle peut aussi suggérer qu’une personne est admirable uniquement lorsqu’elle ressemble à quelqu’un de plus jeune.
Une représentation plus juste montrerait des seniors :
- dans des rôles principaux ;
- avec des relations amoureuses ;
- dans leurs activités professionnelles ;
- dans des projets ordinaires ;
- avec leurs qualités et leurs défauts ;
- avec ou sans fragilité ;
- dans toute leur diversité sociale et culturelle.
Pourquoi les marques doivent-elles également changer ?
Les marques jouent un rôle culturel à travers leurs images, leurs produits et leurs services.
Elles peuvent renforcer l’âgisme lorsqu’elles :
- utilisent la peur de la chute pour vendre ;
- parlent uniquement aux enfants ;
- montrent toujours les mêmes seniors souriants et artificiels ;
- considèrent les plus de 60 ans comme peu compétents numériquement ;
- proposent des designs infantilisants ;
- cachent les personnes âgées des campagnes généralistes.
À l’inverse, elles peuvent participer au changement en concevant des produits accessibles, esthétiques et utiles à plusieurs générations.
Une barre d’appui n’a pas besoin de donner à une salle de bain une apparence médicalisée. Un bracelet de téléassistance peut être discret et agréable à porter. Une application accessible peut rester moderne.
L’innovation doit soutenir la vie, pas rappeler constamment la fragilité
Les technologies destinées aux seniors sont parfois conçues uniquement autour de la surveillance et du risque.
Pour devenir véritablement désirables, elles doivent aussi permettre de :
- continuer à sortir ;
- communiquer avec ses proches ;
- apprendre ;
- se déplacer ;
- participer à des activités ;
- prendre soin de sa santé ;
- demander de l’aide sans perdre son indépendance.
Une innovation utile ne dit pas à la personne : « Vous êtes fragile. »
Elle lui dit plutôt : « Vous pouvez continuer à faire ce qui compte pour vous, avec une solution supplémentaire en cas de difficulté. »
Le domicile peut-il devenir un lieu du vieillissement désirable ?
Le domicile représente les souvenirs, les habitudes, l’intimité et la maîtrise du quotidien.
Pour beaucoup de personnes, pouvoir y rester constitue un élément essentiel de qualité de vie.
Mais le maintien à domicile ne doit pas signifier rester seul dans un logement devenu dangereux ou inadapté.
Un domicile favorable au bien vieillir doit pouvoir évoluer grâce à :
- un éclairage plus efficace ;
- des déplacements facilités ;
- une salle de bain accessible ;
- des services à domicile ;
- un lien social régulier ;
- un moyen simple de demander de l’aide ;
- des équipements choisis avec la personne.
Pour retrouver des conseils concrets, consultez notre article Bien vieillir à domicile : astuces et équipements pour un quotidien plus sûr.
La sécurité peut-elle être désirable ?
La sécurité est parfois présentée comme une restriction : ne plus sortir seul, éviter les escaliers, ne plus prendre de risques ou rester constamment joignable.
Une sécurité bien pensée produit l’effet inverse. Elle permet de conserver davantage de liberté.
Elle peut prendre la forme :
- d’un éclairage automatique qui facilite les déplacements nocturnes ;
- d’un équipement de mobilité adapté ;
- d’une salle de bain accessible ;
- d’une téléassistance mobile ;
- d’un voisin de confiance ;
- d’un service de transport ;
- d’une activité physique entretenant l’équilibre.
La sécurité devient désirable lorsqu’elle accompagne la vie au lieu de l’enfermer.
La téléassistance comme outil d’autonomie
La téléassistance est parfois associée à l’image d’une personne très dépendante enfermée chez elle.
Pourtant, une solution adaptée peut permettre à une personne de :
- continuer à vivre seule ;
- sortir avec davantage de confiance ;
- prendre une douche sans attendre un proche ;
- demander de l’aide après une chute ;
- rassurer sa famille sans être surveillée ;
- préserver ses habitudes.
Le dispositif ne doit pas être imposé ni présenté comme une preuve d’incapacité.
Il doit être choisi comme un outil supplémentaire, au même titre qu’un téléphone, une assurance ou un équipement de sécurité.
Pour découvrir une solution de protection utilisable au domicile comme pendant les déplacements, consultez l’offre Confort de Sérénitis.
Prévenir plutôt que réparer
Une culture positive du vieillissement ne doit pas attendre la perte d’autonomie pour agir.
La prévention peut commencer tôt grâce à :
- l’activité physique ;
- une alimentation suffisante et variée ;
- le suivi de la vue et de l’audition ;
- la prévention des chutes ;
- l’entretien des relations sociales ;
- le dépistage ;
- l’adaptation progressive du logement ;
- la préparation des projets de vie.
Prévenir ne signifie pas vivre dans la peur. Cela consiste à créer les conditions permettant de continuer à choisir.
Pour approfondir cette démarche, consultez notre article Prévenir la perte d’autonomie : les bons réflexes à adopter tôt.
Le rôle de l’activité physique
Rester actif soutient la mobilité, l’équilibre, la confiance et la santé générale.
L’activité ne doit pas être limitée à une vision sportive intensive.
Elle peut prendre la forme :
- de la marche ;
- du jardinage ;
- de la danse ;
- du vélo ;
- de la gymnastique douce ;
- du yoga sur chaise ;
- des déplacements du quotidien ;
- d’une activité réalisée en groupe.
L’objectif n’est pas de battre un record. Il est de maintenir le plaisir de bouger, les capacités et le lien avec l’extérieur.
Pour en savoir plus, consultez notre article Santé des seniors : pourquoi rester actif fait toute la différence ?.
Continuer à apprendre
L’apprentissage n’appartient pas à la jeunesse.
Une personne peut découvrir à tout âge :
- une langue ;
- un instrument ;
- un outil numérique ;
- une activité artistique ;
- une nouvelle discipline ;
- une compétence associative ;
- un domaine culturel.
Apprendre permet de conserver la curiosité, de rencontrer d’autres personnes et de renouveler l’image que l’on a de soi.
La société doit éviter de décourager un senior en lui disant qu’il serait trop tard ou que cette compétence ne lui servira plus.
Le plaisir et la découverte n’ont pas besoin d’une rentabilité future pour être légitimes.
La créativité n’a pas d’âge
De nombreux artistes, écrivains, artisans ou photographes poursuivent leur travail tardivement ou découvrent une pratique après la retraite.
L’avancée en âge peut offrir :
- davantage de temps ;
- une expérience plus riche ;
- moins de besoin de plaire ;
- une meilleure connaissance de soi ;
- de nouveaux sujets à explorer ;
- une liberté vis-à-vis de certaines normes sociales.
La créativité ne supprime pas les difficultés liées à l’âge. Elle peut néanmoins donner une continuité, une expression et un sens à cette période de vie.
La retraite comme transition, pas comme disparition sociale
La retraite représente parfois une liberté attendue après plusieurs décennies de travail.
Elle peut aussi provoquer une perte de repères :
- disparition des relations professionnelles ;
- modification du rythme quotidien ;
- baisse des revenus ;
- sentiment d’inutilité ;
- difficulté à définir de nouveaux projets.
Une société qui valorise uniquement l’activité professionnelle risque de rendre les retraités invisibles.
La reconnaissance peut pourtant continuer à travers :
- le bénévolat ;
- la transmission ;
- le mentorat ;
- les responsabilités associatives ;
- les projets familiaux ;
- les activités artistiques ;
- l’engagement citoyen.
Valoriser les travailleurs expérimentés
La révolution culturelle concerne également les personnes qui souhaitent ou doivent travailler plus longtemps.
L’âge peut apporter :
- une connaissance approfondie du métier ;
- une capacité à gérer les situations complexes ;
- une mémoire de l’entreprise ;
- une meilleure compréhension des clients ;
- des compétences de transmission ;
- une stabilité professionnelle.
Les organisations doivent adapter les postes lorsque cela est nécessaire, prévenir l’usure professionnelle et faciliter les collaborations entre générations.
Le travailleur expérimenté ne doit pas être considéré comme un salarié en attente de son départ.
La transmission entre les générations
Une personne âgée peut transmettre bien davantage que des souvenirs.
Elle peut partager :
- des compétences ;
- des savoir-faire ;
- une expérience professionnelle ;
- une histoire familiale ;
- des recettes ;
- une connaissance du territoire ;
- des valeurs ;
- des erreurs et les leçons qui en ont été tirées.
La transmission ne doit pas être à sens unique.
Les plus jeunes peuvent apporter des connaissances numériques, de nouvelles références et un autre regard sur le monde.
L’intergénérationnel devient réellement intéressant lorsqu’il repose sur un échange plutôt que sur une simple aide apportée aux plus âgés.
Pourquoi les relations intergénérationnelles changent-elles le regard ?
Les stéréotypes se développent plus facilement lorsque les générations vivent séparées.
Les rencontres régulières permettent de découvrir des personnes réelles derrière les catégories « jeunes » et « vieux ».
Elles peuvent être favorisées par :
- des habitats intergénérationnels ;
- des projets scolaires ;
- des associations ;
- des activités culturelles ;
- des jardins partagés ;
- des programmes de mentorat ;
- des événements locaux ;
- des échanges de services.
Une révolution culturelle se construit moins par de grands discours que par la multiplication de ces expériences ordinaires.
Redonner une place aux personnes âgées dans la ville
Une société inclusive ne demande pas uniquement aux seniors de s’adapter. Elle adapte aussi l’environnement.
Une ville favorable au vieillissement propose notamment :
- des trottoirs praticables ;
- des bancs ;
- des toilettes accessibles ;
- des transports simples ;
- des commerces de proximité ;
- des lieux de rencontre ;
- une signalétique lisible ;
- des services non exclusivement numériques.
Ces aménagements bénéficient également aux parents avec une poussette, aux personnes handicapées, aux personnes temporairement blessées et à tous ceux qui ont besoin de faire une pause.
Le numérique peut-il soutenir un vieillissement désirable ?
Le numérique permet de communiquer, s’informer, effectuer des démarches, accéder à la culture et maintenir des relations à distance.
Il devient excluant lorsque :
- les interfaces sont illisibles ;
- les démarches sont trop complexes ;
- aucune assistance humaine n’existe ;
- les mots de passe se multiplient ;
- le téléphone devient obligatoire pour tout ;
- la personne est jugée lorsqu’elle demande de l’aide.
L’objectif ne devrait pas être de créer un Internet simplifié et séparé pour les seniors, mais de concevoir des services accessibles à tous.
Accepter l’aide sans perdre sa dignité
Notre culture valorise fortement l’indépendance individuelle.
Demander de l’aide peut alors être vécu comme un échec.
Pourtant, personne n’est totalement indépendant. À tous les âges, nous dépendons de proches, de professionnels, de services publics et d’infrastructures.
Un vieillissement désirable suppose de normaliser le fait de :
- faire appel à une aide à domicile ;
- utiliser un équipement ;
- demander un accompagnement ;
- porter un dispositif d’alerte ;
- adapter son logement ;
- changer certaines habitudes.
L’aide devient respectueuse lorsqu’elle augmente la capacité d’agir au lieu de remplacer automatiquement la personne.
Préserver le droit au risque
La famille peut souhaiter éliminer tout risque du quotidien d’un parent âgé.
Cette intention protectrice peut conduire à interdire :
- les sorties seules ;
- la conduite ;
- les voyages ;
- la cuisine ;
- les escaliers ;
- certaines activités.
Or, vivre implique toujours une part de risque.
L’objectif doit être d’évaluer et de réduire les dangers disproportionnés, sans supprimer toute liberté.
Une promenade peut être maintenue grâce à un équipement adapté, un téléphone accessible ou une téléassistance mobile. Une activité peut être ajustée plutôt qu’interdite.
La famille doit-elle changer son regard ?
La famille joue un rôle majeur dans l’image qu’un senior peut avoir de lui-même.
Elle peut encourager l’autonomie en :
- demandant son avis ;
- respectant ses décisions ;
- valorisant ce qu’il continue à faire ;
- évitant de parler à sa place ;
- l’associant aux événements ;
- acceptant qu’il ait des projets différents ;
- proposant une aide proportionnée.
Elle doit aussi reconnaître les difficultés sans les minimiser.
Dire « tout va bien » alors qu’une personne chute ou s’isole ne protège pas davantage que de tout lui interdire.
Changer les établissements et les services
La révolution culturelle doit aussi concerner les lieux accueillant les personnes en perte d’autonomie.
Un établissement ne devrait pas être uniquement organisé autour :
- des horaires du personnel ;
- des soins ;
- de la sécurité ;
- des repas standardisés ;
- des procédures.
Il doit également préserver :
- le choix ;
- l’intimité ;
- les relations ;
- les activités personnelles ;
- l’accès à l’extérieur ;
- la possibilité de recevoir ;
- la place des proches ;
- la personnalité de chaque résident.
La dignité ne disparaît pas lorsque l’autonomie diminue.
La fin de vie fait aussi partie du changement culturel
Rendre le vieillissement désirable ne signifie pas éviter toute discussion sur la mort.
Au contraire, une culture plus apaisée peut permettre de parler :
- des souhaits de fin de vie ;
- des directives anticipées ;
- de la personne de confiance ;
- du lieu de vie ;
- des soins souhaités ;
- des obsèques ;
- de la transmission.
Ces discussions ne retirent pas l’envie de vivre. Elles peuvent réduire l’incertitude et permettre de se concentrer davantage sur le présent.
Les pouvoirs publics ont un rôle essentiel
Le changement de regard ne peut pas reposer uniquement sur les individus.
Les politiques publiques doivent agir sur :
- la prévention ;
- l’accès aux soins ;
- le soutien aux aidants ;
- l’adaptation des logements ;
- les transports ;
- la lutte contre l’isolement ;
- l’accès au numérique ;
- la qualité des établissements ;
- la lutte contre les discriminations.
Une société ne peut pas célébrer la longévité tout en laissant les personnes âgées affronter seules les conséquences pratiques du vieillissement.
Une économie de la longévité plus humaine
Le vieillissement de la population crée un marché important dans la santé, le logement, l’assurance, les loisirs, la mobilité et les services.
Cette économie peut améliorer la vie lorsqu’elle développe des solutions utiles et accessibles.
Elle devient problématique lorsqu’elle :
- utilise la peur pour vendre ;
- multiplie les abonnements inutiles ;
- présente chaque difficulté comme une opportunité commerciale ;
- collecte excessivement des données ;
- exclut les personnes disposant de faibles revenus ;
- conçoit les produits sans consulter leurs utilisateurs.
L’innovation doit être évaluée à partir de la qualité de vie qu’elle apporte, et non uniquement du nombre de technologies intégrées.
Les douze transformations nécessaires
- Représenter les seniors dans toute leur diversité.
- Combattre les discriminations liées à l’âge.
- Valoriser l’expérience sans idéaliser la vieillesse.
- Adapter les logements et les espaces publics.
- Maintenir des alternatives humaines aux démarches numériques.
- Faciliter l’accès à la prévention.
- Soutenir les aidants familiaux.
- Développer les relations entre générations.
- Respecter le droit au choix et au risque.
- Concevoir des technologies discrètes et accessibles.
- Reconnaître la valeur des personnes en perte d’autonomie.
- Parler de l’âge sans honte ni peur excessive.
Comment chacun peut-il contribuer à cette révolution culturelle ?
Le changement peut commencer dans les conversations quotidiennes.
Nous pouvons :
- éviter les plaisanteries dévalorisantes sur l’âge ;
- ne pas supposer qu’une personne ne comprend pas ;
- parler directement au senior concerné ;
- valoriser les projets tardifs ;
- écouter les récits sans réduire la personne à son passé ;
- proposer une aide sans l’imposer ;
- montrer des modèles de vieillissement variés ;
- interroger les services sur leur accessibilité ;
- créer davantage d’occasions de rencontres entre générations.
Ces gestes paraissent modestes, mais ils modifient progressivement les normes collectives.
Peut-on réellement désirer vieillir ?
Nous ne désirerons probablement jamais toutes les transformations liées à l’âge.
Nous pouvons toutefois désirer ce que le temps rend possible :
- mieux se connaître ;
- choisir davantage ses relations ;
- transmettre ;
- prendre du recul ;
- commencer un nouveau projet ;
- disposer de davantage de liberté ;
- voir grandir plusieurs générations ;
- continuer à découvrir.
Le vieillissement devient désirable lorsque l’avenir reste ouvert.
Pour approfondir les habitudes qui soutiennent cette dynamique, consultez notre article Le bien-vieillir, ça s’apprend : alimentation, activité et lien social.
Articles utiles pour poursuivre
FAQ – Rendre le vieillissement désirable
Quels sont les exemples d’âgisme envers les seniors ?
Parler à leur place, supposer qu’ils ne comprennent pas le numérique, les exclure du travail ou décider pour eux sans les consulter sont des formes courantes d’âgisme.
Les aménagements pour seniors profitent-ils aux autres générations ?
Oui. L’accessibilité bénéficie également aux personnes handicapées, aux parents avec une poussette et aux personnes temporairement fragilisées.
La dépendance retire-t-elle la capacité à avoir des préférences ?
Non. Même lorsqu’une personne a besoin d’une aide importante, elle conserve des goûts, des habitudes et un droit au respect.

Fondateur de Sérénitis Téléassistance et courtier en assurance depuis 2021. Il coordonne les contenus consacrés à la téléassistance, au bien-vieillir, à la prévention et à l’assurance.

